Le coronavirus ré-activateur de langue régionale ?

Le déconfinement

Dans son hebdomadaire courrier du dimanche matin à ses amis, Michel Rialland, le spécialiste des cucurbitacées, et bien d’autres végétaux devenus rares, l’homme créateur du Potager extraordinaire, à La Mothe-Achard, le 26 avril 2020, évoque la situation :

« Bonjour à tous.

J’espère que vous allez bien. Normalement, avec le confinement, le virus ne doit plus circuler ou moins circuler. Le nombre d’hospitalisations baisse dans l’ouest et c’est bon signe. Deux semaines encore de patience avant le déconfinement qui pose cependant beaucoup de questions. Comme beaucoup de retraités, je ne me sens pas le plus à plaindre. Pour l’instant, je suis en bonne santé, ma retraite tombe, j’ai de l’espace. Il a plu 44mm d’une bonne pluie dimanche dernier. Mon jardin est bien mis en place par rapport aux autres années. J’ai une pensée pour ceux d’entre vous qui sont empêchés de travailler : fleuristes, restaurateurs, possesseurs de camping, travailleurs indépendants … qui ne savent pas de quoi l’avenir sera fait.
Après la proposition débile de TRUMP, d’administrer du désinfectant aux malades, j’en ai une plus agréable à vous proposer dans la pièce ci-jointe. Elle émane de Paulo, le nom de scène d’un agriculteur sûrement à la retraite maintenant. C’est un barde, acteur de théâtre, chansonnier, poète, philosophe dont j’adore le bon sens, l’humour, le réalisme. J’espère que la chanson qu’il a écrite sur son traitement du coronavirus vous plaira et vous donnera le sourire.
Maman m’a dit vendredi « y sé échappe » ce qui signifie, pour ceux qui ne comprennent pas le patois, que pour elle, elle est guérie. Bon dimanche à tous.  

Michel

ps : vous pouvez reprendre la pièce jointe et la faire circuler si elle vous plait. »

La pièce jointe est une vidéo captée via ce lien :

Il s’agit du sarthois Paulo, un humoriste professionnel qui depuis une trentaine d’année s’inspire de son environnement sociétal, le milieu rural duquel il est issu et dans lequel il vit à Louailles, commune de 727 habitants, en Sarthe. On peut entendre ce conteur aux intonations patoisantes sur RADdO en cherchant dans la base « discographie » en plaçant « Paulo » dans la fenêtre « artiste ». Ses histoires viennent de faire l’objet d’un DVD « A travers champs ». Certes les sujets de ses historiettes ont pour objectif d’apporter un peu d’humour dans notre quotidien, mais les sujets sont révélateurs de situations campagnardes de la seconde moitié du XXe siècle. Contacté, cet artiste a accepté de déposer ses œuvres auprès d’OPCI-EthnoDoc.

Pour revenir, à Michel Rialland, qui nous a mis en relation avec Paulo, lorsque nous l’avons questionné sur son attitude face au coronavirus, il nous a confié qu’il avait écrit deux textes l’un en hommage aux « blouses blanches » La petite infirmière de 2020 sur l’air de La petite infirmière, de Pierre Perret. Consultable sur RADdO, l’autre sur une attitude dans le cadre du confinement Le Con… fini, qui est un texte en alexandrin rédigé pour être lu, consultable ici.

Faudrait-il des évènements exceptionnels pour que la langue régionale vive ?

Ces matériaux, on ne peut plus récents, tous créés en avril 2020, nous amènent à ressortir un constat, qui est constant depuis près d’un siècle : l’abandon de la langue maternelle par les personnes directement issues de la société paysanne et qui sont restées vivre dans leur milieux social originel, et l’adoption, en tout cas, la renaissance à l’occasion de cette pandémie de la langue maternelle par des personnes représentant l’une des catégories sociales, admises comme lettrée par tout un chacun. Michel Rialland est né d’une famille d’agriculteur, lui-même l’a été et sa profession dans le monde agricole, l’a amené à entendre et à parler cette langue régionale. La raison d’aucun signe de langue maternelle, excepté lorsqu’il cite sa maman « y sé échappe » lui appartient. Questionné sur le sujet, il répond « Je n’ai pas renié mon patois, mais je l’écris mal… » Reconnaissons, en 2020, que cette situation de renoncement aux racines paysannes perdure dans le monde rural pour celles et ceux qui l’on réellement vécue. Des actions actuelles de leurs descendants permettent de croire à une reconsidération de cet état.

Grand défenseur des langues régionales, le docteur de littérature française, Michel Gautier, dans la revue Bernancio n° 129, ouvre l’édition avec le titre « Virus é révoluciun ». En langue poitevine, il partage ses remarques sur la situation en Vendée : pas très réjouissante, un tantinet alarmante ! On peut obtenir ce numéro gracieusement en le demandant à batiotjl@free.fr. On peut penser que ce professeur n’est pas insensible à ces réactions exprimées en « patois », même si l’écriture, somme toute phonétique, n’a rien d’académique.

Alors, les poètes, les humoristes, les écrivains… les intellectuels, vont-ils être les seuls à entretenir nos langues régionales ? O lé quin maêne chimbardaïe ! La cabane é su chaïe !

Pour conclure, bien provisoirement sans doute, en restant dans le sujet de ce texte, deux articles de presse ont retenu notre attention, tous deux du 28 avril (Ouest-France).

« Confiné, il raconte l’histoire locale sur youtube », titre Ouest-France. C’est l’initiative de William Chevillon, le médiateur culturel vendéen dont les travaux sur La Roche-sur-Yon, ont ravivé l’intérêt des Yonnais. Il produit des vidéos sur le patrimoine vendéen qu’il diffuse sur sa chaîne Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCtFZqzok_sofcKp8IqB7Tdw

L’autre titre, toujours dans Ouest-France « Une expo mémoire, pour garder une trace » revient à la bibliothèque de Thorigny. Les 300 abonnés de cette bibliothèque rurale sont sollicités par les bénévoles bibliothécaires pour ce que le confinement leur inspire : « …à déposer, photos, peintures, sculptures avec des matériaux de récupération, poèmes ou histoires avant le 30 mai… ».

Combien d’initiatives comme celle-ci, louables naturellement, vont survivre à l’évènement ? Ne serait-ce pas aux associations qui œuvrent pour la mémoire des communes ou des villes, l’histoire locale… de prendre le relais pour conserver ces traces d’un moment de l’histoire humaine, et sans doute économique ? OPCI-EthnoDoc peut les aider en mettant à leur disposition ses moyens de conservation et d’inventaire.

Jean-Pierre Bertrand