Enquête auprès des sous-mariniers de Lorient

À Lorient, l’imposante base de sous-marins construite par les Allemands lors de la Seconde guerre mondiale a été ensuite utilisée par la Marine française comme siège de l’escadrille des sous-marins de l’Atlantique jusqu’en 1997. C’est là que se trouve le Musée du Flore-S645, qui permet notamment de visiter ce sous-marin qui fut en service de 1964 à 1989. Souhaitant enrichir et renouveler son offre aux visiteurs, la SEM Sellor, qui gère le musée, la cité de la voile Eric Tabarly, ainsi que  les ports de plaisance, les équipements nautiques situés sur la Communauté d’Agglomération du Pays de Lorient, a fait appel à l’OPCI pour mener une enquête orale ethnologique auprès des anciens sous-mariniers lorientais.

Neuf entretiens ont été réalisés par Michel Colleu du 23 au 27 avril 2018, totalisant 18h de film vidéo, auprès de sous mariniers ayant embarqué entre 1963 et 2000. Tous ont navigué sur les sous-marins « classiques », voire uniquement sur ceux-ci, propulsés par des moteurs électriques alimentés par des batteries, rechargées en surface par des moteurs diesels. Certains ont également été sur les « nucléaires » de la première génération, dans les années 1970 et 1980. Les entretiens ont allié les sujets techniques permettant de décrire et de faire comprendre chaque fonction et chaque responsabilité du bord et les sujets sur le déroulement de la vie quotidienne et les relations au sein d’un équipage.

Les sous-mariniers sont marqués et passionnés par ce qu’ils ont vécus : ils en parlent volontiers, aussi leurs témoignages sont aisément écoutables et diffusables. Tous ont une forte conscience de la nécessité de transmettre leur « mémoire collective » car elle constitue un patrimoine humain aussi important que les objets liés à l’histoire technologique des sous-marins, qu’ils contribuent à collecter, entretenir et réparer dans le cadre de l’association MESMAT, au sein d’une véritable caverne d’ali-baba au cœur de la base dans le « K3 ».

Les marins décrivent une forte différence entre le monde des sous-mariniers naviguant sur les classiques et celui naviguant sur les nucléaires. Avec une période de passage de relai, notamment entre environ 1965 et 1975, ou les sous-mariniers ont transmis leur savoir-faire pour mettre au point et pour naviguer sur les premiers « SNLE » (sous-marin nucléaire lanceur d’engin). …Quand à la différence avec les « surfaciers »n’en parlons pas : un océan les sépare ! Pour les sous-mariniers, la navigation sur les classiques qu’ils ont connus représente la fin d’un monde dont l’histoire remonte au moins à la Seconde guerre mondiale, voire auparavant : entre autre, la place très limitée à bord des classiques amène une grande promiscuité, et par contrecoup, une complicité entre les hommes plus forte que sur les nucléaires.

Cet ensemble de contraintes techniques et d’adaptations humaines à créé durant quatre décennies (1950–1980) un très fort esprit de corps, d’autant que les sous-mariniers, qui n’étaient pas très nombreux, se retrouvaient parfois d’un bateau à l’autre au fil de l’évolution de leur carrière. Selon les témoins, tout cela a disparu, ou tout au moins s’est fortement atténué, avec la fin des classiques, dont la fermeture de la base de Lorient donne la  touche finale en 1995.

Les traditions de « la sous-marinade » sont assez proches de celles des autres marins s’embarquant pour de longues campagnes, mais elles sont restées bien vivantes jusque dans les décennies 1970 et 1980, voire bien au-delà. Les marins ont ainsi transmis, ente autre, des chansons composées à bord des sous-marins nucléaires voilà quarante ans, sur des airs à la mode, évoquant la vie du bord. Sans oublier la « chanson des sous-mariniers », qui est comme un hymne de la confrérie, et quelques autres, chantées lors des repas à bord, et à chanter à terre tard le soir, car jusqu’à ce jour la sous-marinade est une affaire d’hommes !

L’équipe du musée du Flore souhaite constituer une « bibliothèque audiovisuelle » constituée par les témoignages des sous-mariniers, mais en voyant la grande quantité d’archives et de photos réunie, et l’habitude des sous-mariniers de gérer précisément leurs temps et leurs tâches, nous leur avons suggéré  de s’appuyer sur l’OPCI pour que à la bibliothèque sonore soit ajoutée une base de données  créée au sein du réseau RADdO que « la sous-marinade lorientaise » gérerait elle-même… l’idée fait son chemin.

 

 

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