La gestion des archives

Comme dans tout centre d’archives, les documents sont traités, copiés, référencés, conservés, numérisés. Une attention particulière est portée à la documentation de chaque pièce.

 Pour cela a été mise en place une procédure nourrie par la double expérience des salariés et des membres du Centre de ressources de gestion d’un écomusée et de gestion d’enquêtes orales, fondée sur la possibilité de restituer les “écosystèmes culturels” des témoins ou liés aux pratiques étudiées :

 – documentation des pièces d’archives collectées de façon à leur donner une lisibilité et une valeur apte à les porter dans le temps. Cette étape vise aussi à les inscrire dans une logique de contribution à l’écriture de l’histoire humaine et de transmission par les communautés. Cette fonction passe par l’adjonction à l’archive d’informations précises la concernant (titre, mots-clés, informations sur le témoin collecté, date, culturel etc.).

– indexation des archives dans le but de les restituer aux communautés et aux territoires, d’enrichir les contenu de médiation imprimée ou numérique, de transmettre un matériau aux chercheurs et aux artistes.

Les différents systèmes de catalogages reconnus sont pris en compte lors de l’établissement des fiches sur les données (sur les chants, les contes, les photos, etc.), ainsi que les référencements techniques (géolocalisation…).

 


Spécificité du traitement des sources musicales et chantées recueillies : histoire et approche de la construction documentaire de la base du  RADdO

Nous proposons de préciser ici les types d’utilisateurs (musiciens et amateurs, certes, mais aussi chercheurs en SHS, scientifiques contrôlés par les organismes de recherche…), et aussi de rappeler ici, notamment, ceux qui, concrètement, ont contribué à affiner les données à numériser dans le RADd0 et permis de modifier certains classements à opérer. L’emploi d’échantillons représentatifs d’une région ou d’une culture a, par la suite, était grandement facilité.

Depuis 1998,  il a été proposé de substituer au concept de  « classification » antérieur, celui de classement  (ex. Usages/fonctions des musiques) concepts qui étaient très souvent employés par les folkloristes… Sans les distinguer précisément, la première façon d’organiser les collectes pouvait avoir l’inconvénient de bloquer la démarche comparative d’accès aux sources. Ex. d’un chant de travail in situ et d’un même chant sur le travail….

Le contact d’AREXCPO-EthnoDoc à l’origine du RADdO avec la méthode scientifique déployée par les ethnolinguistes et les ethnomusicologues du groupe musilingue, que dirigeait André-Marie Despringre jusqu’en 2005 au  LACITO-CNRS, a favorisé et permis de créer et de contribuer aussi à modeler mieux la base RADd0. Par la suite, ces relations ont également facilité l’emploi des données numérisées par nos chercheurs puis, par d’autres.

Les principes scientifiques de sélection avec échantillons représentatifs, plus repérables dans le temps, facilitent, – de fait-  les approches qualitatives, plus statistiques des répertoires. Elles ont permis finalement la pondération et l’échantillonnage des chants et musiques à analyser, soit individuellement, soit collectivement,

L’accès des chercheurs et étudiants a ainsi  été très  facilité et a augmenté  la pertinence des analyses en les amplifiant. L’exemple du classement des chants par « structures narratives » est ici significatif à cet égard. Il révèle une ‘ouverture vers plus d’objectivité des répertoires », il est à retenir. En effet, ces derniers ne sont plus considérés, d’emblée comme des « répertoires types » dont les critères n’avaient pas souvent été très explicités.

Les études sémantiques des textes chantés, et plus largement ethnolinguistiques des textes produits oralement, combinées souvent aux études musicales des sons produits par les voix ou les instruments, ont permis de mettre sur de meilleures voies, nos recherches vers une appréciation du sens des répertoire produits. Il devenait possible alors de considérer leurs contextes variés, les mots utilisés, voire, dans certains cas, de comparer des productions chantées semblables dans plusieurs régions de la France ou de la francophonie voire même d’Espagne, du Portugal, de Belgique, de Suisse, du Vénézuela, de la Grèce, de Chypre, de Roumanie, de la Finlande (Sames) de la Guyane, de la  Nouvelle Calédonie, etc.).

Ainsi, par exemple, l’ouvrage sorti en décembre trimestre 2018*, illustre très positivement les possibilités désormais ouvertes par la numérisation. Directement en rapport avec la méthode scientifique comparative, RADd0 a permis de  déterminer, pour chaque région étudiée, le SENS et le STYLE des répertoires, caractéristiques de chacune de celles-ci.

Enfin, l’accès à ces répertoires rend plus crédible la notion de « chant vendéen », « chant flamand » ou « chant breton », ou tout simplement « chant français » de part le caractère et le style poético-musical qui sont ainsi démontrés. Cette démarche, soumise aux méthodes précises issues de la linguistique et de l’ethnomusicologie africaine, s’oppose aux acceptions antérieures qui se contentaient de qualifier les chants uniquement par la langue qu’ils utilisent. La qualification, par ex.  de  « chants ouvriers », de « chants de marins », de « chants de travail », de chants de fêtes, de chants enfantins etc. est ainsi également clarifiée par l’usage des principes scientifiques numérisés que nous avons communiqués…

A.-M Despringre

v15/11/2018

*Cf. Le chant traditionnel : étude du sens et du style (ethnomusicologique et ethnolinguistique, qui paraît ce mois-ci chez l’Harmattan.